Morceaux choisis Voici trois morceaux tirés du livre, ils parlent surtout de Zoya et Fawyden et de la manière dont leur rencontre va permettre à leurs deux peuples de s'unir à nouveau. Bien sur, pour rencontrer Druï-En l'inquiétante dame blanche, Öttar le Chamane du peuple du cheval et tous les autres personnages il faudra lire les autres pages du livre...

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Premier extrait- De la partie 1 chapitre 2

Lorsque Zoya ouvrit les yeux, elle vit le visage pointu et le
regard étonné d’un petit garçon. Elle vit aussi le regard pointu
et étonné d'un petit animal roux perché sur l'épaule du garçon.
Zoya regarda l'enfant à son tour et lui sourit. Le petit garçon
sursauta et partit à toute vitesse en criant : - Yeu… yeu neu syé !
- Quel enfant étrange... se dit Zoya. Quel endroit étrange.
Elle se demanda où elle était. C’était une maison, ou plutôt une
hutte, aux parois arrondies et de peu de hauteur, faite de
branches tressées comme un panier. Il y avait une ouverture
ronde par laquelle était sorti le garçon, l'épais rideau en était
resté entrouvert. Zoya vit des arbres dans la lumière du jour.
Un oiseau entra, alla s'abriter dans un recoin derrière une
branche épaisse.
Au centre de la pièce un poêle en pierre de lave noire diffusait
une agréable chaleur. A côté, dans un panier deux fouines se
tenaient enlacées.
Ses parents étaient étendus à côté d’elle. Ils dormaient
profondément, respiraient doucement. Tous trois étaient
allongés sur des tapis, à même le sol, mais étonnamment, ce
n’était pas inconfortable.
Zoya fut surprise par l’intensité des odeurs. Des odeurs
chaudes, rondes, un peu fauves mais émouvantes… Chaque
chose avait une odeur, les murs et le sol aussi.
Elle vit que ses mains étaient soigneusement enveloppées de
feuilles. Elle porta un des emplâtres à son nez et s’étonna de ce
que même un pansement pouvait embaumer ainsi.
Les mains de sa mère étaient enveloppées de la même
manière. Quelqu’un avait pris soin d’eux. Qui les avait amenés
là ?
Un petit rideau s’ouvrit, laissant apparaître une autre ouverture
arrondie, au ras du sol. Une fillette d’une dizaine d'années
entra en s’accroupissant. Le petit garçon à l'écureuil se glissa
derrière elle. Une autre fille, adolescente, entra à son tour et
referma derrière elle le rideau.
Zoya s’était appuyée sur les coudes pour les regarder
s’approcher. Les enfants s’étaient redressés mais ils avançaient
avec prudence, ne quittant pas le regard de Zoya.
- Sos neu syé… répétait le garçon.
L'adolescente lui fit signe de se taire.
La plus jeune s’agenouilla près de Zoya et la regarda avec
attention.
Zoya fut saisie par le visage des enfants. Leur peau légèrement
ambrée était recouverte de tatouages, de fins entrelacs
formant spirales, vrilles et feuillages. Ils allaient au-delà du
front, au-delà des paupières, jusqu’à l’intérieur des oreilles, ils
descendaient dans le cou et Zoya vit qu’ils se prolongeaient sur
les mains. Certainement, recouvraient-ils tout leur corps. Ces
tatouages ne semblaient pas avoir été dessinés par des mains
habiles, ils faisaient partie de leur épiderme, comme les taches
de rousseur ou les grains de beauté.
Tous trois avaient les cheveux presque blancs, comme lorsque
le soleil éblouit les yeux.
Ils étaient vêtus d’habits en cuir souple, cousus de telle manière
qu’ils adhéraient au corps sans en entraver les mouvements.
Par-dessus, ils portaient d’épais gilets de laine tissée, sans
manche, ornés de fleurs et d’animaux stylisés, identiques à
ceux des tapis qui recouvraient le sol. Leurs cheveux aussi
étaient savamment tressés, mêlés d’un grand nombre de perles
de bois, de pierres colorées, de coquillages, de plumes et de
branchettes. Zoya ne pouvait s’empêcher de les contempler,
elle qui n’avait jusque là connu que les uniformes gris et les
coiffures strictes.
Rien de tout ce qu’elle voyait ici n’était en accord avec les
directives du Parti, mais ça lui plaisait énormément.
- Où suis-je ? Demanda Zoya, qui êtes-vous ?
Surpris par ses paroles, sa voix, le garçonnet se cacha derrière
la plus âgée des filles. L'adolescente qui pouvait avoir l’âge de
Zoya, la regardait avec méfiance et restait à l'écart, mais la plus
jeune lui sourit.
-Tu neu syé… Meedhu, Ovi.
- Co feï An spari tu…
Elle avait parlé à Zoya avec ces mots mais aussi avec son regard
et ses mains mobiles comme deux papillons.
Zoya n’avait pas compris les paroles mais il était clair que
l’étrange fille ne lui voulait aucun mal et qu’elle cherchait à
communiquer.
- Je m’appelle Zoya… Zo-ya. Elle répéta son prénom en se
désignant de l’index.
La fillette s’illumina et répondit de la même manière :
- Dhel
C’était son prénom et en montrant l’adolescente puis le
garçonnet, elle dit :
- Drui-en, Adü.
- Dhel, Drui-en, Adü… Zoya répéta leurs noms pour s’en
souvenir
Le petit garçon prenait confiance et toujours avec précaution, il
s’approcha de l’étrangère.
Zoya lui sourit et il lui rendit son sourire.
- Adü, dit Zoya en regardant le visage pointu et ses yeux bruns,
luisants. L'écureuil se cachait dans son habit, pas encore prêt à
fraterniser.
Adü toucha la main de Zoya avec la même appréhension qu’il
aurait eue à toucher une bête inconnue. Elle le laissa faire, alors
du bout des doigts il effleura sa peau, puis il caressa son bras,
son cou, sa joue…
- Tal Eïdi… dit le petit garçon en mimant de ses mains la forme
d’un oiseau.
- Ovi tal g’orm ! fit la plus grande sans bouger de la pénombre.
Son ton avait été brutal, méprisant. Adü retira vivement sa
main.
Dhel lança à son aînée un regard mécontent, elle n’avait pas
l'air d'avoir apprécié ses paroles.
Le rideau s’ouvrit à nouveau et un autre garçon les rejoignit. Il
avait une quinzaine d’années, et devait garder la tête ployée
pour ne pas se cogner à la voûte de bois. Sur ses habits de cuir
il portait un long gilet carmin et ses cheveux blancs mêlés de
perles lui arrivaient au milieu du dos. Il regarda Zoya avec un
sourire si lumineux qu’elle s’en sentit bouleversée.
- Fawyden, dit Dhel afin de le présenter. Puis elle dit au
nouveau venu :
- Nâm es Zoya !
- Sa-lu, répondit-il en en agitant une main. Il s’agenouilla
près d’elle.
Zoya pensa reconnaître un mot qu’elle connaissait et les trois
autres enfants se regardèrent étonnés.
- Sa-lu, répéta Fawyden, bo-tan-n’è-spa ?
Zoya se retint de rire et elle répéta : - salut, beau temps n’estce
pas ? Oui, très beau temps ! Tu parles ma langue ?
Fawyden semblait très content de lui alors que Dhel le regardait
les yeux écarquillés et Drui-en lui lançait un regard noir.
- Neu syé ? lui demanda-t-il plus comme une affirmation, tu
vois nous?
- Bien sûr que je vous vois… s’étonna Zoya, j’ai eu très froid
mais mes yeux vont bien.
Fawyden rit et traduit aux autres les paroles de Zoya.
- Nous An-Bharu… Sylvaners !
- Et alors… ?
- Alors ? Nous invisibles !


Deuxième extrait- De la partie 1 chapitre 5


Sur la neige il n’y avait aucune empreinte de pas, hormis celles
qu’elle et ses parents venaient d’y imprimer.
Zoya frémit. Elle douta. Etait-ce son esprit qui lui jouait des
tours. Cette chose qui parfois l’envahissait. Avait-elle tout
imaginé...?
Elle se sentit défaillir, mais une main la retint juste à temps.
- Ça va ma chérie ? Lui demanda Kelya. Sa mère la regardait,
inquiète. Elle n'avait pas oublié la raison pour laquelle ils
avaient fui, laissant tout derrière eux, risquant leurs vies.
- Encore un de ces …cauchemars ?
Zoya secoua la tête et rassura sa mère. - c’est le froid, ne
t’inquiètes pas.
- Et maintenant ? Soupira Anton, où aller ? Ces gens nous ont
sauvé la vie, mais ils nous ont laissés sans aucune indication
pour rejoindre le village de Gardel…
Comme une réponse, un cri perçant s’éleva dans le ciel.
Zoya leva son visage, la silhouette d’un faucon se découpait
dans le soleil.
Elle sourit.
- Fawyden, murmura-t-elle, toi là, toujours…
Le faucon plongea vers le sol et glissa entre les arbres.
- C’est par là ! dit Zoya, le faucon nous montre le chemin.
Anton fronça les sourcils et gronda.
- Quelle est cette ânerie ? Comment un oiseau peut-il…
- Papa, fais moi confiance, le conjura Zoya. Il est avec les gens
qui nous ont sauvés… tu vois, ils ne nous ont pas laissés
tomber.
Anton grommela, il ne pouvait concevoir qu’une bête désire
aider des humains.
- C’est notre seule chance de trouver le chemin… dit Kelya.
Zoya s’élança en direction de l’oiseau. Il volait bas, s’arrêtant
fréquemment sur une branche pour donner le temps aux trois
humains d’avancer dans la neige.
Anton suivait sa fille et son épouse, évitant de regarder le
faucon. Ça ne pouvait être possible. Et pourtant la bestiole
semblait les attendre. Il secoua la tête. Il était clair que cet
oiseau allait où bon lui semblait et que ces deux femmes sans
jugeote le suivaient. Tout ceci était absolument ridicule !
Au loin ils entendirent le cognement d’une hache.
- Ça vient de là ! s’écria Anton en tendant son doigt en direction
du bruit.
Le rapace n’allait pas dans cette direction.
- Il faut suivre le faucon, insista Zoya.
Anton s’immobilisa, refusant de faire un pas de plus. Sa fille et
son épouse eurent beau le prier, le presser, il refusait de suivre
ce guide sorti d’une histoire à dormir debout.
Depuis une branche, le faucon observait cette querelle entre
humains. Il sauta à terre et s’avança jusqu’aux pieds d’Anton.
Face à lui, menaçant, il déploya largement ses ailes. Anton
recula, que lui voulait cet oiseau ?
Zoya ne put s’empêcher de rire ce qui irrita plus encore son
père. Mais lorsqu'Anton croisa le regard cerclé de jaune, il
comprit que l’animal tentait bel et bien de lui faire passer un
message.
Anton ravala sa salive, et se résigna.
Le Faucon reprit sa course.
Ils marchèrent encore un long moment dans la forêt, suivant un
chemin que seul l'oiseau semblait connaître.
Soudain, une maison se dressa entre les arbres. Une maison de
bois aux volets clos.
- On y est ! s’écria Zoya.
- C’est extraordinaire ! S’émut Kelya.
- C’est bien vrai, s’étonna Anton. Regardez ! Sur la porte il y a
un ours jaune peint. Nous y sommes !
Zoya sourit à Fawyden, la main posée à plat sur sa poitrine.
- Merci… Meedhu, murmura-t-elle.
Ils entendirent alors le bruit d’un moteur, une voiture arrivait à
grande vitesse malgré la neige.
Anton se précipita pour ouvrir la porte mais le véhicule aux
roues bardées de chaînes atteignait la maison.
- Sauve-toi Zoya ! cria sa mère.
Zoya resta figée, ne comprenant pas ce qui arrivait. Elle jeta un
regard bref au faucon qui volait sur place, en alerte.
Trois portières s’ouvrirent, trois hommes en noir sortirent. L’un
d’eux était le fils Brodsky, prêt à tout pour son avancement
- Sauve-toi, la conjura Kelya en repoussant Zoya vers la forêt.
- Anton et Kelya Kim-li ! Aboya Brodsky. Vous êtes en état
d’arrestation.
Comme Anton s’interposa, un des policiers le frappa au visage.
- Papa ! cria Zoya.
- La petite Zoya ! Sourit Brodsky, nous allons te ramener à
Kadrapolis, tu auras une belle chambre dans l’hôpital de tes
parents !
- Espèce de salopard ! Hurla Kelya.
A son tour elle reçut un coup. Le troisième policier tenta de
s’emparer de Zoya, mais elle glissa entre ses mains et courut
vers les arbres. Le policier se lança à sa poursuite et se jeta sur
elle, l’écrasant au sol.
Le Faucon battit des ailes, affolé par cette violence. Mais
lorsqu’il vit l'homme s'en prendre à Zoya, il poussa un cri
strident et s’abattit sur lui. Ses serres s'enfoncèrent dans le
crâne, son bec lacéra les joues. Le policier hurla, se redressa
pour se libérer de l’oiseau forcené.
Anton et Kelya furent menottés, jetés au sol. Les policiers
coururent prêter main forte à leur collègue.
Le faucon n’abandonnait pas, il glissait entre leurs mains,
déchirait leurs doigts. Surgie de nulle part une dame-blanche se
jeta à son tour sur les hommes, l’oeil noir, le bec tranchant.
'Jour et Nuit' harcelèrent les policiers.
Zoya se redressa, ses jambes flageolaient. Elle sentit une main
saisir la sienne, elle sentit la chaleur du Gweimodhro parcourir
ses veines, et son autre main fut agrippée aussi. La chaleur
l’envahit totalement, Dhel et Ranna se tenaient à ses côtés et
l’attirèrent au loin.
- ZOYA !
Kelya avait crié. Lorsque sa fille avait disparu sous ses yeux elle
avait sentit son sang se glacer.
Le faucon et la dame-blanche abandonnèrent les hommes aux
habits lacérés, interdits, choqués par cette attaque inexplicable.
- Où est la fille ? Brailla Brodsky.
Ils ne savaient pas. Personne ne savait, pas même Anton et
Kelya, effondrés.
Elle était pourtant là, à dix mètres d’eux, rendue invisible par
l’enchantement des Sylvaners.
Elle vit les policiers pousser ses parents à l’intérieur de la
voiture.
Elle voulait les appeler, crier leurs noms, les libérer eux aussi,
mais les Sylvaners l'en empêchèrent.
Il y a d’autres chemins.
Pour le moment elle devait penser à elle.


Troisième extrait- De la partie 3 chapitre 4

Zoya marchait à grandes enjambées. Elle goûtait l’air frais,
savourait sa liberté. Pour la première fois elle partait de son
plein gré.
Elle sentait que sa destinée était entre ses mains, palpable
comme de l’argile qui ne demande qu’à être modelée.
Elle allait affronter de grands dangers, et cependant elle
souriait. Confiante.
Ken-Shi lui avait indiqué la direction à prendre pour atteindre la
gare la plus proche, à trente kilomètres au nord. Il lui avait
proposé de l’accompagner à cheval mais elle avait refusé. Elle
n’avait qu’une envie, se retrouver seule avec Fawyden.
Lui, marchait à ses côtés, en silence. Il trouvait ce paysage
dépourvu d’arbres bien étrange. Il se demandait comment des
gens pouvaient survivre sur une terre aussi peu fertile.
Le Sylvaner marchait les yeux grands ouverts, jamais encore il
n’avait vu un horizon si vaste, un ciel si grand.
Le sol ne semblait couvert que d’herbes encore flétries.
Il s’arrêta, s’accroupit, et posant ses deux mains à plat sur le sol
humide, il écouta.
Zoya vit le visage de Fawyden exprimer la surprise, puis le
ravissement.
- Beaucoup vie, ici ! dit-il, réconforté. Frugho’, Aibra, Alü,
Merg…
Il ferma les yeux à nouveau et sentit autour de lui la présence
de la saïga, de l’écureuil, du serpent, de l’aigle doré et de
millions d’insectes qui parcouraient la terre tout juste dégelée.
Il tendit l’oreille et fit signe à Zoya de s’abaisser. Le dos courbé,
se déplaçant sans un bruit à ras du sol, il avança de quelques
mètres. Zoya le rejoignit de la même manière. Fawyden pointa
son doigt vers un nid posé à même la terre entre les graminées.
Trois oisillons les fixèrent de leurs yeux jaunes aux paupières
épaisses et ils ouvrirent des becs immenses attendant des
visiteurs quelque chose à manger. Fawyden et Zoya s’en
amusèrent puis ils s’éloignèrent pour ne pas inquiéter les
parents qui allaient revenir avec des insectes ou quelque ver.
Le jeune An-Bharu découvrait un monde tout autre que celui de
la forêt.
Malgré l’absence d’arbres et d’arbustes la vie grouillait aussi.
- Yé yé ! s’exclama-t-il, autre, bon !
Zoya lui sourit. Elle avait l’impression de vivre un rêve, côte à
côte avec Fawyden.
Mais elle n’oubliait pas sa promesse. Elle n’oubliait pas Öttar
qui avait déjà dû recevoir sa dose de coups et de calmants.
Le soir tombait lorsqu’ils virent au loin les lumières d’une ville.
Une route les rattrapait sur la droite mais ils continuèrent à
s'en tenir éloignés.
Ils firent une pause et réfléchirent à la manière dont ils allaient
rejoindre Kadrapolis. Pour Zoya cela ne faisait aucun doute, il
faudrait prendre le train. C'était risqué cependant.
- Il faudra faire attention, ne pas nous montrer s’il y a des
policiers. Et le contrôleur dans le train doit avoir mon
signalement lui aussi.
Zoya réalisa qu’elle n’avait même pas d’argent pour le billet.
- Meedhu Zoya, dit Fawyden, Od tal’eïs… sentir glace.
- Sentir glace ? Je n’ai pas froid !
Fawyden secoua la main. Il cherchait comment se faire
comprendre. Les mots pouvaient avoir plusieurs significations,
et leur sens était différent d’une langue à l’autre.
- Syé,et il lui fit signe de le regarder.
Les traits de son visage, de son corps tout entier devinrent
troubles, fondirent. Il disparaissait ne laissant percevoir de sa
personne qu’un fin contour lumineux …
- Tu deviens transparent … comme la glace ! Comprit Zoya.
- Mais moi je ne peux pas, je ne suis pas An-Bharu.
Fawyden réapparut et son visage faisait une grimace.
- Tu Ovi ! dit-il en haussant les épaules.
Zoya n’aimait pas être appelée ainsi, elle trouvait ce mot
terriblement méprisant.
- Non, pas Ovi… Humaine. Dit-elle en se désignant avec fierté,
Ümani !
Fawyden sourit de toutes ses dents. Zoya venait d’inventer un
mot pour le Bha-Bharu.
- Dé, Ümani ! Tu Zoya, es né Ovi, tu Ümani es !
Il prit la main de Zoya dans la sienne et lui rappela comment le
Gweimodhro pouvait aller de l’un à l’autre. Si cela était
possible, il lui était également possible de devenir transparente.
- Tal’eïs, comme la glace… murmura-t-elle en fermant les yeux.
Zoya visualisa son corps, sa personne, de la tête jusqu'aux
pieds... puis doucement elle s’imagina aussi transparente que la
glace la plus fine.
Elle s’en persuada.
Tout simplement.
Et y parvint.
Ils entrèrent dans la ville. C’était un univers de néons blafards.
Dans les habitations sans âme de tôle et de béton, s’entassaient
des ouvriers sans illusion. Des exilés de la vie. Les gens erraient
dans la rue centrale, large et poussiéreuse. Ils se retrouvaient
dans un salon de thé enfumé ou autour d’une grande table
pour partager leur pitance, les yeux rivés sur une télévision
abrutissante.
Aucun d’entre eux ne vit le Sylvaner recouvert de tatouages, ni
cette fille de treize ans habillée comme une Chugyak. Les
regards ne se posaient pas sur eux, ils passaient à travers eux.
Zoya, comme Fawyden, était tout simplement invisible.
- Tal’eïs, Tal’eïs, se répétait-elle comme une incantation.
Ils arrivèrent à la gare. Il n’y avait pas grand monde.
Dans moins d’une heure un train allait s’arrêter ici et repartir
vers Kadrapolis.
- C’est ce train que nous devons prendre, dit-elle en Bhag’hou à
Fawyden, mais je n’ai pas d’argent…
- Quoi argent ?
Elle soupira, c’était un peu long à expliquer.
- Ce sont ces bouts de papier que les gens ont dans leur main.
C’est pour acheter un billet, pour le train…
- Quoi billet ? demanda-t-il encore.
Zoya soupira de nouveau.
- Si j’arrive à rester transparente, le contrôleur ne me verra
pas…
Fawyden voulut demander ce qu’était le contrôleur mais il
sentit que cette information ne lui servirait pas à grand-chose.
Le train entra en gare. Des voyageurs en descendirent, d’autres
y montèrent. Zoya et Fawyden se firent une place sur un amas
de bagages.
Le train se mit en branle, il repartait. Peu après le contrôleur fit
son premier passage, il ne tourna pas même la tête dans leur
direction.
- C’est extraordinaire… murmura Zoya.
- Ovi voir rien du tout… répondit Fawyden amusé.
Comme Zoya lui lança un oeil noir il s’empressa d’ajouter,
Ümani voir tout…